Quand la police a-t-elle le droit de réquisitionner votre véhicule ?

Un policier peut-il vous demander de lui confier votre voiture, par exemple pour une course-poursuite ? La réponse n'est pas simple : le mot « réquisition » recouvre plusieurs situations juridiques différentes, et aucune ne prévoit un droit général pour un agent de prendre votre véhicule sur la voie publique.
Les réquisitions de la procédure pénale concernent surtout des informations
Dans le cadre d'une enquête, le procureur de la République ou l'officier de police judiciaire (OPJ) peut adresser des réquisitions, notamment sur le fondement de l'article 60-1 du Code de procédure pénale (enquête de flagrance) ou de l'article 77-1-1 du même code (enquête préliminaire, où l'OPJ agit en principe avec l'autorisation du procureur). Ces textes permettent d'exiger la remise de documents ou d'informations utiles à la manifestation de la vérité. Ils visent donc des pièces et des données, et non l'usage d'un véhicule appartenant à un particulier.
La réquisition de personnes et de biens relève du préfet
Une véritable réquisition, c'est-à-dire une obligation imposée à un particulier de mettre un bien ou ses services à disposition, suppose en principe un arrêté du préfet, pris sur le fondement de l'article L2215-1 du Code général des collectivités territoriales. La personne requise qui n'exécute pas volontairement ses obligations s'expose à une astreinte prononcée par le juge administratif. Cette procédure est formelle : elle ne se confond pas avec la demande orale d'un agent lors d'un contrôle.
Une simple demande n'est pas une réquisition
Lorsqu'un policier demande à emprunter votre voiture dans l'urgence, il s'agit le plus souvent d'une demande de service, sans acte formel de réquisition. Vous pouvez en discuter, demander à l'agent de justifier de sa qualité et du fondement de sa demande, et noter son identité. Chaque situation dépend toutefois de ses circonstances : en cas de doute sur la régularité d'une demande, mieux vaut ne pas vous opposer physiquement à un agent et demander conseil à un avocat par la suite.
Qui paie si le véhicule est endommagé ?
Celui qui prête son concours à une mission de service public à la demande de l'administration peut être qualifié de collaborateur occasionnel du service public. Dans ce cas, le dommage subi relève en principe de la responsabilité de la collectivité publique, et non de la seule assurance du propriétaire. Conservez les preuves : identité des agents, circonstances, photographies du véhicule, devis de réparation. Adressez ensuite une demande d'indemnisation écrite à l'administration concernée, puis, en cas de refus, saisissez le tribunal administratif.
Pour tout litige lié à un véhicule immobilisé, endommagé ou saisi, un avocat peut analyser votre situation et vous indiquer les démarches à suivre.