Arguments pour faire appel d’une contravention pour excès de vitesse

Arguments pour faire appel d’une contravention pour excès de vitesse
Par Maître Yohan Dehan / Maître Allan Schinazi, avocats au Barreau de Paris. Mis à jour le 13 octobre 2026.
On ne « fait appel » d’une contravention que lorsque le tribunal de police a déjà rendu son jugement, et l’appel doit être formé dans un délai de dix jours à compter du prononcé d’un jugement contradictoire. L’appel n’est pas ouvert pour toute amende : il faut notamment que l’amende prononcée dépasse 150 € ou que l’amende encourue soit celle de la 5e classe. Les arguments utiles sont ceux de la contestation initiale (mauvais véhicule, mauvais conducteur, irrégularité du procès-verbal ou de l’appareil), auxquels s’ajoutent les erreurs commises par le premier juge.
Points clés
- Avant l’appel, il y a la contestation de l’amende forfaitaire, qui se fait dans un autre délai (45 jours à compter de la constatation de l’infraction ou de l’envoi de l’avis, puis 30 jours si l’amende est majorée). L’appel ne vient qu’après un jugement.
- Délai d’appel contre un jugement de police contradictoire : dix jours à compter du prononcé (art. 498 et 547 du Code de procédure pénale).
- L’appel d’un jugement de police est jugé par le président de la chambre des appels correctionnels de la cour d’appel, statuant seul (art. 547 du CPP).
- Depuis le 31 décembre 2025, dépasser la vitesse maximale autorisée de 50 km/h ou plus n’est plus une contravention mais un délit (art. L. 413-1 du Code de la route), jugé par le tribunal correctionnel.
- Les arguments se choisissent selon la manière dont l’infraction a été constatée : radar automatique ou contrôle par des agents.
Faut-il distinguer la contestation de l’amende et l’appel ?
Oui, c’est la confusion la plus fréquente. Ce sont deux étapes différentes.
- La contestation de l’amende forfaitaire se fait devant l’officier du ministère public, avant tout procès. Le contrevenant doit payer l’amende forfaitaire ou former une requête en exonération dans les quarante-cinq jours qui suivent la constatation de l’infraction ou, si l’avis est envoyé ensuite, qui suivent son envoi (art. 529-1 et 529-2 du CPP). À défaut, l’amende est majorée de plein droit.
- La réclamation contre l’amende forfaitaire majorée doit être formée dans les trente jours de l’envoi de l’avis invitant à payer l’amende majorée (art. 530 du CPP). Pour une contravention au Code de la route, la réclamation n’est plus recevable au bout de trois mois lorsque l’avis a été envoyé par lettre recommandée à l’adresse figurant sur le certificat d’immatriculation, sauf si le contrevenant justifie avoir déclaré son changement d’adresse avant ce délai.
- Le jugement du tribunal de police n’intervient que si le ministère public ne renonce pas aux poursuites après la contestation (art. 530-1 du CPP). C’est ce jugement que l’on peut ensuite attaquer par la voie de l’appel.
Pour la contestation initiale, notre article sur la contestation d’une amende en 6 étapes détaille la démarche.
Dans quels cas peut-on faire appel d’un jugement de police ?
Quelles sont les conditions de l’appel ?
L’article 546 du Code de procédure pénale réserve la faculté d’appel au prévenu, à la personne civilement responsable, au procureur de la République, au procureur général et à l’officier du ministère public, dans trois situations :
- lorsque l’amende encourue est celle des contraventions de la 5e classe (1 500 € au plus, art. 131-13 du Code pénal) ;
- lorsqu’a été prononcée la suspension du permis de conduire (peine prévue au 1° de l’article 131-16 du Code pénal) ;
- lorsque l’amende prononcée dépasse le maximum de l’amende de la 2e classe, soit plus de 150 € (art. 131-13 du Code pénal).
Un excès de vitesse inférieur à 50 km/h relève de la 4e classe (750 € au plus), ou de la 3e classe (450 € au plus) lorsque le dépassement est inférieur à 20 km/h sur une route où la vitesse autorisée est supérieure à 50 km/h (art. R. 413-14 du Code de la route). Dans ces cas, l’appel est ouvert si le tribunal prononce plus de 150 € d’amende ou une suspension du permis. Un jugement qui condamne à 120 € d’amende, sans suspension, ne peut donc pas être frappé d’appel par le prévenu, sauf si des dommages et intérêts ont été alloués à une partie civile : dans ce cas, la faculté d’appeler appartient aussi au prévenu (art. 546, alinéa 2, du CPP).
La partie civile peut aussi faire appel, pour ses seuls intérêts civils.
Qui peut faire appel ?
- Le conducteur condamné (le prévenu).
- La personne civilement responsable, dans les conditions de l’article 546.
- Le ministère public, lorsque la décision ne lui paraît pas satisfaisante.
- La partie civile, pour ses intérêts civils.
Quel est le délai pour faire appel ?
Le délai est de dix jours à compter du prononcé du jugement contradictoire (art. 498 du CPP, applicable à l’appel des jugements de police par l’article 547). Ce délai est strict : un appel formé trop tard est déclaré irrecevable.
Si vous n’avez pas comparu à l’audience, vérifiez d’abord si le jugement est contradictoire ou rendu par défaut : dans ce second cas, la voie de recours à envisager n’est pas nécessairement l’appel, et l’opposition peut être ouverte. Ce point change la stratégie et doit être examiné sans attendre, au vu du jugement et de sa signification.
Le délai ne court qu’à compter de la signification du jugement dans certains cas prévus par l’article 498, notamment lorsque le prévenu a été jugé en son absence après l’audition d’un avocat qui s’était présenté sans mandat de représentation signé, ou lorsque la partie qui avait participé au débat n’était pas présente au prononcé sans avoir été informée de sa date.
L’appel est déclaré au greffe de la juridiction qui a rendu le jugement (art. 502 du CPP). N’attendez pas le dernier jour.
Qui juge l’appel ?
L’appel est suivi et jugé dans la même forme que l’appel des jugements correctionnels, mais la cour est composée du seul président de la chambre des appels correctionnels, siégeant à juge unique (art. 547 du CPP). La Cour de cassation l’a rappelé en cassant un arrêt qui ne respectait pas cette composition (Cass. crim., 14 juin 2006, n° 05-84.266).
L’appel remet en cause la décision dans la limite de l’appel formé : la cour réexamine les faits comme le droit sur les points contestés. Il faut donc soutenir de nouveau, et mieux, les arguments déjà présentés, et corriger ce qui a manqué devant le tribunal de police.
Et si l’excès de vitesse est un délit ?
Depuis le 31 décembre 2025, le fait de dépasser de 50 km/h ou plus la vitesse maximale autorisée est puni de trois mois d’emprisonnement et de 3 750 € d’amende (art. L. 413-1 du Code de la route). Les peines complémentaires sont lourdes : confiscation du véhicule, suspension de trois ans au plus sans aménagement professionnel possible, annulation du permis, stage. Le délit entraîne de plein droit la perte de la moitié du nombre maximal de points du permis.
Une amende forfaitaire délictuelle de 300 € (250 € minorée, 600 € majorée) peut éteindre l’action publique (art. L. 413-1, IV, du Code de la route). Si l’affaire est jugée, c’est le tribunal correctionnel qui statue, et l’appel suit alors les règles des jugements correctionnels, dans un délai de dix jours (art. 498 du CPP), devant la cour d’appel.
Pour des faits commis avant le 31 décembre 2025, le régime contraventionnel antérieur reste en principe applicable, une loi pénale plus sévère ne rétroagissant pas.
Quelles sanctions pour un excès de vitesse contraventionnel ?
L’article R. 413-14 du Code de la route fixe le retrait de points :
| Dépassement de la vitesse maximale autorisée | Points retirés |
|---|---|
| 5 km/h ou plus, moins de 20 km/h | 1 point |
| 20 km/h ou plus, moins de 30 km/h | 2 points |
| 30 km/h ou plus, moins de 40 km/h | 3 points |
| 40 km/h ou plus, moins de 50 km/h | 4 points |
À partir de 30 km/h de dépassement, le tribunal peut en plus prononcer la suspension du permis (trois ans au plus), l’interdiction de conduire certains véhicules ou un stage de sensibilisation à la sécurité routière aux frais du condamné.
Rappelons que, selon l’article L. 223-1 du Code de la route, la réalité d’une infraction entraînant retrait de points est établie par le paiement de l’amende forfaitaire, l’émission du titre exécutoire de l’amende majorée, l’exécution d’une composition pénale ou une condamnation définitive. Payer revient donc à accepter la perte de points.
Quels arguments soulever en appel après un contrôle automatisé ?
Lorsque l’infraction a été relevée par un radar automatique, l’avis est envoyé au titulaire du certificat d’immatriculation, qui est redevable de l’amende, sauf s’il établit un vol, un événement de force majeure ou apporte tous éléments établissant qu’il n’est pas l’auteur véritable de l’infraction (art. L. 121-3 du Code de la route). Trois lignes de défense existent.
Soutenir que le véhicule flashé n’est pas le vôtre
Il faut obtenir le cliché et vérifier que la plaque d’immatriculation correspond bien à votre véhicule. Une erreur de lecture de plaque, ou une usurpation de plaque, conduit à écarter l’infraction. Les délais de contestation courent : agissez sans attendre.
Établir qu’une autre personne conduisait
L’article 529-10 du Code de procédure pénale permet de joindre, pour la requête ou la réclamation, l’un des documents suivants :
- le récépissé de dépôt de plainte pour vol ou destruction du véhicule, ou pour usurpation de plaque d’immatriculation ;
- une lettre signée précisant l’identité, l’adresse et la référence du permis de la personne qui conduisait ;
- les copies de la déclaration de cession du véhicule et de son accusé d’enregistrement ;
- un document attestant qu’un système de délégation de conduite automatisé était activé au moment de l’infraction.
Cette contestation s’adresse par lettre recommandée avec avis de réception, avec le formulaire joint à l’avis, ou de façon dématérialisée selon les modalités prévues par arrêté.
Contester la réalité de l’infraction avec une consignation
Si vous ne pouvez produire aucun de ces documents, la requête reste recevable à condition d’être accompagnée de la preuve d’une consignation préalable, d’un montant égal à celui de l’amende forfaitaire (ou de l’amende forfaitaire majorée dans le cas de la réclamation). Cette consignation n’est pas un paiement : elle n’emporte pas retrait de points (art. 529-10 du CPP). Attention toutefois au risque financier : si vous êtes condamné, l’amende ne peut être inférieure au montant de l’amende forfaitaire (ou majorée) augmenté de 10 % ; la consignation vous est reversée en cas de classement sans suite ou de relaxe (art. 530-1 du CPP). Elle permet de discuter devant le juge de la réalité des faits, preuves à l’appui (images, attestations, éléments techniques sur le lieu et la vitesse autorisée).
Quels arguments soulever après un contrôle par des agents ?
Lorsque des policiers ou des gendarmes ont constaté l’infraction, la défense porte sur la régularité du procès-verbal et de la procédure.
Les vices de forme du procès-verbal
Il faut rechercher les mentions inexactes ou manquantes : date, lieu des faits, numéro d’immatriculation, identité et qualité de l’agent verbalisateur, signature. Toutes les erreurs ne conduisent pas à la relaxe : le juge apprécie si l’erreur empêche d’identifier l’infraction ou de s’en défendre. Une erreur matérielle évidente, sans conséquence, ne suffit généralement pas.
Les irrégularités touchant l’appareil de mesure
En matière de contravention, le procès-verbal des agents habilités fait foi jusqu’à preuve contraire, et cette preuve contraire ne peut être rapportée que par écrit ou par témoins (art. 537 du CPP). Il faut donc produire des éléments concrets (attestations, photographies, relevés), et non de simples affirmations. La vitesse relevée doit en outre provenir d’un appareil identifiable. On examine donc :
- l’identification de l’appareil (type, numéro de série) ;
- la justification de sa vérification périodique et de son bon fonctionnement ;
- les conditions de la mesure (emplacement, mode d’utilisation) et la prise en compte de la marge technique de tolérance.
Ces éléments figurent au dossier. Ils doivent être réclamés et lus avec attention : un avocat sait distinguer ce qui relève d’une véritable irrégularité de ce qui n’est qu’une formalité sans portée.
Quels moyens propres à l’appel ?
- Critiquer le jugement : motivation insuffisante, preuve de l’infraction non rapportée, éléments de la défense écartés sans réponse.
- Discuter la peine : une suspension du permis peut être contestée, ou à défaut limitée à la conduite en dehors de l’activité professionnelle lorsque la loi le permet (art. R. 413-14, II, du Code de la route pour la contravention).
- Produire des pièces nouvelles : relevés, attestations, justificatifs de situation personnelle et professionnelle.
Si vous êtes seul à faire appel, votre situation ne peut pas être aggravée : la cour ne peut, sur le seul appel du prévenu, aggraver le sort de l’appelant (art. 515 du CPP). Le risque d’une peine plus lourde n’existe que si le ministère public fait lui aussi appel.
Faut-il un avocat pour faire appel ?
Ce n’est pas obligatoire pour une contravention, mais la brièveté du délai, la technicité des moyens et l’enjeu des points du permis rendent l’assistance d’un avocat très utile. Notre article Avocat en droit routier : qui, quand, comment choisir vous aide à choisir. Les moyens à invoquer sont également détaillés dans nos articles sur les principaux arguments pour annuler une amende pour excès de vitesse et les 3 façons de contester une amende pour excès de vitesse.
FAQ
Combien de temps ai-je pour faire appel d’un jugement du tribunal de police ?
Dix jours à compter du prononcé d’un jugement contradictoire (art. 498 et 547 du CPP). Si le jugement a été rendu par défaut, l’opposition peut être la voie à examiner en premier. Dans certains cas prévus par l’article 498, le délai ne court qu’à compter de la signification du jugement.
Puis-je faire appel si j’ai été condamné à 120 € d’amende ?
En principe non, si l’amende prononcée ne dépasse pas 150 €, que l’amende encourue n’est pas celle de la 5e classe et qu’aucune suspension du permis n’a été prononcée, sauf si des dommages et intérêts ont été alloués à une partie civile (art. 546 du CPP).
Où se déclare l’appel ?
Au greffe de la juridiction qui a rendu le jugement (art. 502 du CPP). Il est ensuite examiné par la cour d’appel, en la personne du président de la chambre des appels correctionnels siégeant seul.
Un excès de vitesse de 50 km/h ou plus est-il toujours une contravention ?
Non. Pour les faits commis depuis le 31 décembre 2025, il s’agit d’un délit puni de trois mois d’emprisonnement et de 3 750 € d’amende (art. L. 413-1 du Code de la route) ; les faits antérieurs restent des contraventions. Les règles de procédure sont celles du tribunal correctionnel.
Payer l’amende empêche-t-il de la contester ?
Le paiement de l’amende forfaitaire établit la réalité de l’infraction et entraîne le retrait de points (art. L. 223-1 du Code de la route). Pour contester, il faut agir dans le délai, sans payer, ou avec une consignation lorsque le Code de procédure pénale l’exige.
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- Maître Yohan DehanAvocat au Barreau de Paris
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