Peut-on perdre son permis de conduire si on refuse de souffler dans l'éthylotest lors d'un contrôle routier ?

La réponse directe
Oui, refuser de souffler dans l'éthylotest lors d'un contrôle routier peut entraîner la perte de votre permis de conduire — et bien davantage. Le refus de se soumettre aux épreuves de dépistage de l'alcoolémie est un délit puni par le Code de la route d'une peine pouvant aller jusqu'à deux ans d'emprisonnement, d'une amende de 4 500 €, d'un retrait de six points et d'une suspension ou annulation du permis. La stratégie du refus pour « éviter une preuve » est donc une erreur juridique grave : le refus lui-même constitue l'infraction, indépendamment de tout résultat d'analyse.
Ce que la loi prévoit : le dépistage d'alcoolémie n'est pas facultatif
Une obligation légale imposée à tout conducteur
Le Code de la route organise les vérifications relatives à l'alcoolémie des conducteurs en deux temps : le dépistage (éthylotest ou appareil portatif), puis la vérification par éthylomètre homologué ou prise de sang. Ces opérations peuvent être diligentées dans des circonstances variées : contrôle de routine, accident corporel, infraction préalable constatée, comportement laissant supposer un état alcoolique.
Tout conducteur ou accompagnateur à la conduite soumis à ces vérifications est légalement tenu de s'y soumettre. L'article L. 234-8 du Code de la route réprime expressément le refus de se soumettre aux vérifications destinées à établir l'état alcoolique.
Le refus : un délit autonome
Le refus de dépistage ou de vérification de l'alcoolémie n'est pas une simple contravention aggravée. C'est un délit pénal autonome, indépendant de toute mesure de l'alcoolémie réelle du conducteur. Cela signifie que le fait de ne pas avoir bu d'alcool ne constitue pas une défense recevable contre la qualification de refus : l'infraction est constituée par le seul fait de refuser, sans que la preuve d'un état alcoolique soit nécessaire.
Cette qualification autonome emporte une conséquence pratique majeure : même un conducteur parfaitement sobre qui refuserait par principe de souffler dans l'éthylotest s'expose aux mêmes sanctions qu'un conducteur en état d'ivresse avancé.
Les sanctions encourues
Les peines principales
L'article L. 234-8 du Code de la route prévoit pour le refus de se soumettre aux vérifications d'alcoolémie les mêmes peines que celles prévues pour la conduite avec une alcoolémie délictuelle par l'article L. 234-1 du même code :
- Deux ans d'emprisonnement
- 4 500 € d'amende
Ces peines sont prononcées par le tribunal correctionnel. Elles peuvent être assorties d'un sursis, d'une mise à l'épreuve ou d'autres aménagements selon la situation personnelle du conducteur, mais leur quantum légal reste identique à celui de la conduite en état alcoolique délictuel.
Le retrait de six points
Le refus de dépistage entraîne un retrait de six points sur le permis de conduire. Pour un conducteur en permis probatoire disposant de six points, ce retrait unique suffit à invalider le permis. Pour un conducteur expérimenté dont le solde est déjà entamé par des infractions antérieures, les conséquences peuvent être tout aussi décisives.
Le retrait de points intervient lors de la condamnation définitive par le tribunal correctionnel, ou — si le conducteur opte pour une composition pénale — à l'issue de la procédure. Il convient de vérifier son solde de points sur le site de l'ANTS pour mesurer l'impact réel d'un éventuel retrait de six points avant de prendre toute décision.
Les peines complémentaires : suspension et annulation du permis
Au-delà des peines principales, le tribunal correctionnel peut prononcer à titre de peine complémentaire :
- La suspension du permis de conduire pour une durée pouvant aller jusqu'à trois ans, sans possibilité de solliciter un permis blanc pour les trajets professionnels en cas de refus de dépistage — cette exclusion du permis blanc étant prévue par le Code de la route pour les infractions assimilées à l'alcoolémie délictuelle.
- L'annulation du permis de conduire avec interdiction de solliciter la délivrance d'un nouveau permis pendant une durée fixée par le tribunal.
- L'obligation d'accomplir un stage de sensibilisation à la sécurité routière aux frais du condamné.
- L'immobilisation ou la confiscation du véhicule.
- L'interdiction de conduire certains véhicules, y compris ceux non soumis à permis.
La possibilité d'installer un éthylotest anti-démarrage (EAD) peut être ordonnée par le tribunal à titre de peine complémentaire ou proposée dans le cadre d'une mesure d'aménagement.
La rétention immédiate du permis
Dès le stade du contrôle routier, le refus de dépistage peut entraîner une rétention immédiate du permis de conduire. L'officier ou l'agent de police judiciaire peut procéder à cette rétention sur le champ, pour une durée maximale de 72 heures. Cette rétention précède la suspension administrative éventuelle décidée par le préfet.
La suspension administrative du permis peut ensuite être prononcée par le préfet dans l'attente du jugement correctionnel. Cette suspension administrative est distincte de la suspension judiciaire prononcée par le tribunal : elle peut intervenir rapidement, avant même que l'affaire soit audiencée. Sa durée est déduite de la suspension judiciaire éventuellement prononcée.
Les circonstances aggravantes
Le refus combiné à d'autres infractions
Lorsque le refus de dépistage est commis en même temps que d'autres infractions au Code de la route — excès de vitesse important, conduite dangereuse, accident —, les peines peuvent être aggravées et plusieurs infractions peuvent être retenues en concours. Le tribunal prend en compte l'ensemble des circonstances pour moduler la peine dans les limites légales.
Le refus après un accident corporel
Lorsque le dépistage est ordonné à la suite d'un accident ayant causé des blessures à un tiers, le refus de l'auteur présumé revêt une gravité particulière aux yeux des juridictions. Il peut être perçu comme une tentative de dissimulation et influer défavorablement sur l'appréciation de la situation par le tribunal, notamment pour la détermination de la peine.
Les stratégies de défense : ce qui peut être invoqué
Premier axe : la régularité du contrôle
Le dépistage d'alcoolémie doit être effectué dans des conditions légales précises. Pour être valable, il doit être réalisé par un officier ou agent de police judiciaire compétent, dans le cadre d'une opération régulière. Plusieurs conditions peuvent être vérifiées :
- La qualité de l'agent : seuls les officiers et agents de police judiciaire sont habilités à procéder aux opérations de dépistage. Un gardien de la paix ou un agent de police municipale ne dispose pas des mêmes prérogatives selon les textes applicables.
- Les circonstances du contrôle : un dépistage opéré en dehors de toute réquisition régulière ou sans motif légal peut être contesté. Les contrôles préventifs doivent être ordonnés dans les formes prévues par la loi.
- La régularité formelle du procès-verbal : date, heure, lieu, identification de l'agent, mention précise du refus constaté.
Si l'une de ces conditions fait défaut, la nullité de la procédure peut être soulevée devant le tribunal correctionnel ou, en amont, lors de l'instruction.
Deuxième axe : l'impossibilité physique de souffler
Le refus doit être volontaire pour constituer le délit. Si le conducteur n'était pas en mesure de souffler correctement dans l'appareil pour des raisons médicales avérées — pathologie respiratoire, asthme sévère, traitement affectant la capacité pulmonaire —, cet élément peut être invoqué pour contester la qualification de refus délibéré.
Cet argument suppose d'être étayé par des éléments médicaux sérieux : certificat médical, ordonnances, antécédents documentés. Une difficulté passagère à souffler, invoquée sans justification médicale, est généralement insuffisante et peut même être perçue défavorablement.
Dans cette hypothèse, les autorités peuvent ordonner une prise de sang pour vérifier l'alcoolémie. Le refus de cette prise de sang est lui aussi constitutif d'un délit.
Troisième axe : la confusion entre dépistage et vérification
La procédure légale distingue deux phases : le dépistage par appareil portatif et la vérification par éthylomètre homologué. Si le dépistage est positif ou si le conducteur refuse, la vérification est ordonnée. Ces deux opérations distinctes peuvent donner lieu à des arguments différents.
Un avocat peut analyser à quel stade précis le refus est intervenu et si la procédure a été scrupuleusement respectée à chacune de ces étapes. Un vice dans la procédure de vérification — utilisation d'un appareil non homologué, défaut de vérification de la validité du certificat d'étalonnage — peut affecter la valeur probante des constatations.
Quatrième axe : la composition pénale et l'aménagement de peine
Lorsque les faits sont établis et que la défense sur le fond apparaît limitée, l'objectif stratégique peut consister à négocier les conditions de la réponse pénale plutôt qu'à contester la qualification. La composition pénale proposée par le parquet permet parfois d'éviter une audience correctionnelle publique tout en acceptant des sanctions déterminées.
Devant le tribunal, la présentation d'éléments sur la situation personnelle et professionnelle du conducteur — dépendance à la conduite pour l'exercice de son activité professionnelle, absence d'antécédent, démarche de prise en charge d'un problème d'alcool — peut influencer la décision sur les peines complémentaires, notamment sur la durée de la suspension.
Ce qu'il ne faut pas faire : les erreurs à éviter
- Penser qu'un refus protège mieux qu'un résultat positif : c'est faux. Le refus est puni comme une alcoolémie délictuelle, sans possibilité de remettre en cause le taux. Un conducteur dont l'alcoolémie aurait été contraventionnelle (entre 0,5 g/l et 0,8 g/l de sang) s'expose, en refusant, à un délit là où il n'aurait subi qu'une contravention.
- Retarder inutilement la procédure : chercher à gagner du temps pendant le contrôle n'a pas d'effet sur la qualification juridique du refus et peut aggraver la situation lors de l'audience.
- Multiplier les déclarations sans conseil : tout ce qui est dit pendant le contrôle, lors de la garde à vue ou dans les premières déclarations peut être versé au dossier. Consulter un avocat dès que possible est la décision la plus utile.
Devant le tribunal correctionnel : l'importance d'être accompagné
Le refus de dépistage d'alcoolémie est jugé par le tribunal correctionnel, et non par le tribunal de police. Les enjeux — peine d'emprisonnement possible, suspension ou annulation du permis, retrait de six points, inscription au casier judiciaire — justifient pleinement la présence d'un avocat à l'audience.
L'avocat peut :
- Analyser la régularité de la procédure et soulever d'éventuels vices de forme ou de fond.
- Préparer la présentation de la situation personnelle du conducteur pour influer sur le quantum des peines.
- Négocier, le cas échéant, avec le parquet dans le cadre d'une composition pénale.
- Assister ou représenter le conducteur lors de l'audience et formuler les observations en défense.
Aucune promesse de résultat n'est possible : chaque dossier dépend de ses circonstances propres. Mais une défense structurée et documentée reste, dans tous les cas, préférable à une comparution non préparée.
Ce que vous devez retenir
- Refuser de souffler dans l'éthylotest est un délit pénal autonome, puni comme une alcoolémie délictuelle : jusqu'à deux ans d'emprisonnement, 4 500 € d'amende, six points retirés.
- Le permis peut être retenu sur le champ par les forces de l'ordre, puis suspendu administrativement par le préfet, avant même le jugement.
- Le tribunal correctionnel peut prononcer la suspension ou l'annulation du permis à titre de peine complémentaire.
- Le refus ne constitue pas une stratégie efficace : il est puni au moins aussi sévèrement qu'un taux d'alcool délictuel constaté.
- Les arguments de défense portent sur la régularité du contrôle, l'impossibilité physique de souffler (médicalement documentée) et les vices de procédure.
- Consulter un avocat dès le placement en garde à vue ou la convocation devant le tribunal est indispensable.
FAQ
Q : Est-ce que refuser l'éthylotest est moins grave que souffler et être positif ? A : Non. Le refus de se soumettre aux vérifications d'alcoolémie est puni par l'article L. 234-8 du Code de la route des mêmes peines que la conduite avec une alcoolémie délictuelle. Un conducteur dont l'alcoolémie aurait été seulement contraventionnelle s'expose, en refusant, à un délit alors qu'il aurait pu n'être sanctionné que par une contravention. Le refus aggrave systématiquement la situation juridique.
Q : Mon permis peut-il être suspendu avant même le jugement ? A : Oui. Dès le contrôle, le permis peut être retenu pour 72 heures. Le préfet peut ensuite prononcer une suspension administrative dans l'attente du jugement correctionnel. Cette suspension administrative est provisoire mais immédiate : elle s'applique avant que le tribunal ait statué. La durée éventuellement accomplie en suspension administrative est déduite de la suspension judiciaire prononcée par le tribunal.
Q : Puis-je invoquer une raison médicale pour justifier mon incapacité à souffler ? A : Oui, à condition de disposer d'éléments médicaux sérieux et documentés — certificat médical, ordonnances, antécédents respiratoires avérés. Une simple difficulté invoquée sans justification est généralement insuffisante. En cas d'impossibilité médicale de souffler, les autorités peuvent ordonner une prise de sang pour vérifier l'alcoolémie. Refuser également la prise de sang constituerait un nouveau délit.
Q : Le retrait de six points est-il automatique ou décidé par le tribunal ? A : Le retrait de six points intervient lors de la condamnation définitive pour le délit de refus de dépistage. Il n'est pas automatique au sens d'une décision administrative immédiate, mais il est attaché de plein droit à la condamnation correctionnelle. Un conducteur condamné voit son solde de points débité de six points, sans qu'une décision séparée soit nécessaire. Pour un permis probatoire ou un conducteur au solde déjà bas, cela peut suffire à invalider le permis.
Q : Peut-on bénéficier d'un permis blanc après une suspension pour refus d'éthylotest ? A : Non. Le Code de la route exclut expressément la possibilité d'aménager la suspension du permis pour nécessité professionnelle lorsque la suspension fait suite à des infractions assimilées à l'alcoolémie délictuelle, parmi lesquelles figure le refus de dépistage. Contrairement à certaines suspensions pour excès de vitesse, aucun permis blanc ne peut être accordé pour les déplacements professionnels dans cette situation.