Radars automatiques : est-ce que bâcher, c’est dégrader ?

Radars automatiques : est-ce que bâcher, c’est dégrader ?
Par Maître Yohan Dehan / Maître Allan Schinazi, avocats au Barreau de Paris. Mis à jour le 13 octobre 2026.
Recouvrir un radar d’une bâche ou d’un sac plastique n’est pas, par nature, une « dégradation » : la loi punit celui qui détruit, dégrade ou détériore un bien appartenant à autrui, et tout dépend de ce qui a été fait concrètement à l’appareil. Le parquet peut toutefois poursuivre sur ce fondement, et la question de la qualification, comme celle de l’intention, est discutée devant les juridictions. Si vous êtes convoqué ou placé en garde à vue pour de tels faits, ne vous exprimez pas sans avocat.
Points clés
- Le texte de base est l’article 322-1 du Code pénal : destruction, dégradation ou détérioration d’un bien appartenant à autrui, puni de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, sauf dommage léger.
- Lorsqu’il n’en est résulté qu’un dommage léger, le délit est écarté et le fait relève d’une contravention de la 5e classe (article R635-1 du Code pénal).
- Le délit de dégradation est intentionnel : la volonté de détruire, dégrader ou détériorer doit être démontrée.
- Une bâche posée puis retirée sans trace n’est pas la même chose qu’un radar peint, brûlé ou découpé : la qualification se discute au cas par cas.
- Des circonstances aggravantes prévues aux articles 322-2 et suivants du Code pénal peuvent s’appliquer : l’avocat vérifie le texte applicable à votre situation.
Que dit la loi sur la dégradation d’un radar ?
Qu’il appartienne à l’État ou soit exploité par un prestataire, un radar automatique est un bien appartenant à autrui. Il relève donc du droit commun de la dégradation de biens, sans texte propre au radar.
Selon l’article 322-1 du Code pénal, dans sa version en vigueur, la destruction, la dégradation ou la détérioration d’un bien appartenant à autrui est punie de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 euros d’amende, sauf s’il n’en est résulté qu’un dommage léger. Dans ce dernier cas, le délit est écarté : la destruction, la dégradation ou la détérioration volontaires d’un bien appartenant à autrui dont il n’est résulté qu’un dommage léger constitue une contravention de la 5e classe (article R635-1 du Code pénal), assortie de peines complémentaires, dont la suspension du permis de conduire.
Des circonstances aggravantes, prévues aux articles 322-2 et suivants du Code pénal, peuvent augmenter les peines. Elles doivent être vérifiées sur le texte en vigueur avant toute stratégie de défense.
Bâcher un radar, est-ce le dégrader ?
C’est le cœur du débat. Deux lectures s’opposent.
| Lecture | Argument | Limite |
|---|---|---|
| Poursuite pour dégradation | L’appareil a été rendu inutilisable : il ne peut plus remplir sa fonction. | Mettre un appareil « hors d’usage » n’est pas forcément l’endommager matériellement. |
| Relaxe possible | Une bâche amovible ne détruit, n’abîme et ne détériore rien. Le texte pénal est d’interprétation stricte. | Si de la colle, de la peinture ou une fixation a laissé des traces, le dommage existe. |
Le droit pénal s’interprète strictement. La question à se poser est donc matérielle : l’appareil a-t-il subi une atteinte à son intégrité, même légère, ou a-t-il seulement été masqué temporairement ? La réponse dépend des constatations : photographies, rapport du technicien, facture de remise en état.
À notre connaissance, aucune décision de principe ne tranche spécifiquement cette question ; l’issue dépend des faits.
L’intention est-elle nécessaire ?
Oui. Le délit de dégradation de l’article 322-1 est un délit intentionnel. Le parquet doit donc établir que la personne a voulu détruire, dégrader ou détériorer l’appareil.
Quelqu’un qui a voulu seulement « éviter d’être flashé » peut soutenir qu’il n’a pas cherché à abîmer le matériel. Cet argument est discuté : le juge apprécie les faits (préparation, matériel apporté, répétition, vidéo-surveillance).
Quels risques pour l’automobiliste qui s’en prend à un radar ?
Au-delà des poursuites pour dégradation, il faut anticiper :
- une garde à vue et une enquête sur les images de vidéo-protection ;
- une demande d’indemnisation du propriétaire ou de l’exploitant du radar (coût de remplacement, indisponibilité) ;
- une peine d’emprisonnement ou d’amende si le délit est retenu, ou une amende de contravention de la 5e classe en cas de dommage léger ;
- des peines complémentaires encourues pour ce type de délit, que l’avocat vérifie dans le texte applicable.
Masquer un radar pour échapper à une verbalisation ne rend d’ailleurs pas l’infraction routière commise ensuite non verbalisable : un autre contrôle, une autre caméra ou un équipage peut la constater.
Comment se défendre ?
Une défense efficace s’appuie sur les faits :
- Contester la qualification : démontrer l’absence d’atteinte matérielle à l’appareil (bâche amovible, aucune trace).
- Contester l’intention : établir l’absence de volonté de détériorer.
- Contester l’identification : les images sont-elles exploitables ? La personne est-elle formellement reconnaissable ?
- Discuter le préjudice : exiger les justificatifs de remise en état avant tout accord d’indemnisation.
- Vérifier la régularité de la procédure : garde à vue, perquisition, saisie du matériel.
FAQ
Peut-on être condamné pour avoir mis un sac poubelle sur un radar ? Oui, des poursuites sont possibles. L’issue dépend de l’existence d’une atteinte à l’appareil et de l’intention de l’auteur.
Le dommage léger change-t-il quelque chose ? Oui. L’article 322-1 du Code pénal exclut la peine de deux ans et 30 000 euros lorsqu’il n’en est résulté qu’un dommage léger ; le fait relève alors d’une contravention de la 5e classe (article R635-1 du Code pénal).
Une bâche suffit-elle à caractériser une dégradation ? Pas automatiquement. Le droit pénal est d’interprétation stricte : il faut une destruction, une dégradation ou une détérioration, que la défense peut contester.
Faut-il un avocat pour une convocation à ce titre ? Les déclarations faites lors de la première audition peuvent être utilisées pour apprécier l’intention ; elles se préparent avec un avocat.
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- Maître Yohan DehanAvocat au Barreau de Paris
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