Circulation inter-files des motards : règles, conditions et sanctions en 2026

Circulation inter-files des motards : ce qui est autorisé et ce qui est sanctionné
Par Maître Yohan Dehan / Maître Allan Schinazi, avocats au Barreau de Paris. Mis à jour le 13 octobre 2026.
La circulation inter-files n'est pas interdite en France : depuis le 11 janvier 2025, le décret n° 2025-33 du 9 janvier 2025 l'a inscrite dans le Code de la route (article R. 412-11-3), sur l'ensemble du territoire. Elle reste toutefois strictement encadrée : uniquement sur certaines routes, en cas de circulation dense, pour certaines motos et à 50 km/h au maximum. Le non-respect des conditions de l'article R. 412-11-3 est une contravention de quatrième classe, avec retrait de 3 points ; selon les circonstances, d'autres qualifications peuvent être retenues.
Points clés
- Depuis le 11 janvier 2025, l'inter-files est autorisée partout en France par l'article R. 412-11-3 du Code de la route, créé par le décret n° 2025-33 du 9 janvier 2025. Les anciennes expérimentations départementales ont pris fin.
- Elle n'est possible que sur les autoroutes et routes à deux chaussées séparées par un terre-plein central, dotées d'au moins deux voies dans chaque sens, où la vitesse autorisée est d'au moins 70 km/h, et seulement lorsque la circulation s'est établie en files ininterrompues sur toutes les voies.
- Seuls les véhicules des catégories L3e ou L5e d'une largeur d'un mètre maximum sont concernés, et uniquement entre les deux voies les plus à gauche.
- Vitesse maximale : 50 km/h, et 30 km/h si l'une des files est à l'arrêt.
- Non-respect des conditions de l'article R. 412-11-3 : contravention de 4e classe (amende forfaitaire de 135 €), retrait de 3 points, suspension du permis de 3 ans au plus encourue. Selon les circonstances, d'autres qualifications peuvent être retenues.
- En cas d'accident, une inter-files pratiquée hors des conditions légales peut être retenue comme une faute réduisant l'indemnisation du motard.
L'inter-files est-elle interdite depuis le 1er août 2024 ?
Non. Cette information, largement relayée à l'été 2024, n'est plus d'actualité.
La circulation inter-files a d'abord fait l'objet d'expérimentations limitées à certains départements : une première par le décret n° 2015-1750 du 23 décembre 2015 (Bouches-du-Rhône, Gironde, Rhône et départements d'Île-de-France), puis une seconde, par le décret n° 2021-993 du 28 juillet 2021.
Le décret n° 2025-33 du 9 janvier 2025 relatif aux règles de la circulation en inter-files pour certains véhicules à deux ou trois roues motorisés a mis fin à cette période transitoire : il a créé l'article R. 412-11-3 du Code de la route, en vigueur depuis le 11 janvier 2025, et il a abrogé les dispositions des décrets expérimentaux de 2015 et de 2021 (article 7 du décret). L'inter-files est donc désormais une pratique légale sur tout le territoire, à condition de respecter le cadre fixé par ce texte.
L'article R. 412-24 du Code de la route, qui impose aux conducteurs de rester dans leur file lorsque la circulation est dense, le rappelle expressément : « La circulation en inter-files est également possible dans les conditions prévues à l'article R. 412-11-3. »
Sur quelles routes l'inter-files est-elle autorisée ?
L'article R. 412-11-3, I, du Code de la route limite l'inter-files :
- aux autoroutes et aux routes à deux chaussées séparées par un terre-plein central et dotées d'au moins deux voies chacune ;
- où la vitesse maximale autorisée est supérieure ou égale à 70 km/h en application des articles R. 413-2 ou R. 413-3, même si l'autorité de police a fixé localement une vitesse plus faible ;
- lorsque, en raison de sa densité, la circulation s'y est établie en files ininterrompues sur toutes les voies, y compris, le cas échéant, les voies réservées à certaines catégories de véhicules ou d'usagers.
Concrètement, l'inter-files reste interdite en ville sur une avenue ordinaire, sur une route à double sens sans terre-plein central, ou sur une voie rapide fluide. Le tribunal judiciaire de Bastia l'a relevé : si la pratique est autorisée depuis le décret du 9 janvier 2025, « elle répond à des conditions strictes », qui n'étaient pas réunies dans l'affaire jugée (un dépassement interdit, antérieur à ce décret), faute notamment de séparation entre les voies (TJ Bastia, 1re ch. civ., 11 septembre 2025, n° 23/01484).
Quels véhicules peuvent circuler entre les files ?
Le texte vise uniquement le conducteur « d'un véhicule d'une largeur d'un mètre maximum relevant de la catégorie L3e ou L5e définie à l'article R. 311-1 », c'est-à-dire les motocyclettes et certains véhicules à trois roues motorisés. Les autres véhicules, notamment ceux qui ne relèvent pas de ces deux catégories ou qui dépassent un mètre de large, ne peuvent pas bénéficier de cette dérogation.
Quelles règles respecter pendant l'inter-files ?
La circulation doit se faire entre les files situées sur les deux voies les plus à gauche de la chaussée, ayant le même sens de circulation. L'article R. 412-11-3 fixe ensuite sept conditions cumulatives :
| Condition | Contenu (art. R. 412-11-3, I, C. route) |
|---|---|
| 1° Espacement | L'espacement latéral entre les véhicules des deux voies les plus à gauche doit être suffisant |
| 2° État de la chaussée | Aucune voie ne doit être en travaux ni couverte de neige ou de verglas, même partiellement |
| 3° Avertissement | Le conducteur avertit les autres usagers de son intention avant de s'engager en inter-files |
| 4° Vitesse | 50 km/h maximum |
| 5° File arrêtée | 30 km/h maximum si l'une des files est à l'arrêt |
| 6° Dépassement | Interdiction de dépasser un autre véhicule déjà en inter-files |
| 7° Retour dans la file | Le conducteur reprend sa place dans le courant normal, après avoir averti, dès que les véhicules d'au moins une des deux files roulent plus vite que lui |
Ces conditions sont cumulatives : il suffit que l'une d'elles ne soit pas respectée pour que la manœuvre devienne une infraction.
Quelles sanctions en cas d'inter-files irrégulière ?
Les II à IV de l'article R. 412-11-3 prévoient les sanctions suivantes :
| Sanction | Montant ou durée | Texte |
|---|---|---|
| Contravention de 4e classe | Amende forfaitaire de 135 € (montant éventuellement minoré selon les indications de l'avis de contravention), majorée à 375 € | R. 412-11-3, II, C. route ; art. R. 49 et R. 49-7 CPP |
| Retrait de points | 3 points, de plein droit | R. 412-11-3, IV |
| Peine complémentaire | Suspension du permis de 3 ans au plus, pouvant être limitée à la conduite en dehors de l'activité professionnelle | R. 412-11-3, III |
Selon les circonstances, d'autres qualifications peuvent aussi être relevées, par exemple le non-respect de l'obligation de rester dans sa file en circulation dense (article R. 412-24, contravention de 2e classe) ou la circulation sur la partie gauche d'une chaussée à double sens (article R. 412-9, contravention de 4e classe et retrait de 3 points).
Le propriétaire de la moto peut-il être poursuivi à la place du conducteur ? Oui, pour le paiement de l'amende. Depuis le décret du 9 janvier 2025, l'article R. 121-6 du Code de la route inclut « la circulation en inter-files prévue à l'article R. 412-11-3 » parmi les infractions pour lesquelles le titulaire du certificat d'immatriculation est redevable pécuniairement de l'amende (article L. 121-3), sauf s'il établit un vol ou un autre événement de force majeure, ou apporte tous éléments établissant qu'il n'est pas l'auteur véritable de l'infraction.
Que se passe-t-il en cas d'accident pendant une inter-files ?
Le motard blessé dans un accident impliquant une voiture est indemnisé selon la loi n° 85-677 du 5 juillet 1985 (dite loi Badinter). Son article 4 prévoit que la faute commise par le conducteur victime a pour effet de limiter ou d'exclure l'indemnisation des dommages qu'il a subis ; selon la jurisprudence, cette faute s'apprécie sans tenir compte du comportement de l'autre conducteur.
Des juridictions ont retenu comme une telle faute la remontée de files pratiquée hors du cadre légal :
- le tribunal judiciaire de Nanterre a jugé, pour un accident survenu en 2016, qu'un motard qui remontait une file dans le Nord, département non inclus dans l'expérimentation de 2015, avait commis une faute de conduite, l'inter-files n'étant « ni autorisée, ni même tolérée » à cet endroit ; son droit à indemnisation, et celui de son épouse victime par ricochet, a été réduit de 50 % (TJ Nanterre, 2e ch., 8 janvier 2026, n° 22/08121) ;
- le tribunal judiciaire de Bastia a limité de 50 % l'indemnisation d'un motard auteur d'un dépassement interdit, en relevant que, même analysée comme une inter-files, la manœuvre ne remplissait pas les conditions strictes désormais posées par le décret du 9 janvier 2025, faute notamment de séparation entre les voies (TJ Bastia, 1re ch. civ., 11 septembre 2025, n° 23/01484).
À l'inverse, une inter-files réalisée dans le strict respect de l'article R. 412-11-3 n'est pas, en elle-même, une faute. Le débat porte alors sur les faits : densité de la circulation, vitesse, type de route, comportement de l'automobiliste qui a changé de file. D'où l'importance de réunir rapidement les preuves (photos, témoins, vidéos, constat amiable rempli avec précision).
Comment contester une contravention pour inter-files ?
L'avis de contravention ouvre un délai de 45 jours pour payer l'amende forfaitaire ou former une requête en exonération auprès du service indiqué sur l'avis, qui la transmet au ministère public (articles 529-1 et 529-2 du Code de procédure pénale). Le paiement de l'amende forfaitaire établit la réalité de l'infraction et entraîne le retrait des 3 points (article L. 223-1 du Code de la route).
Une contestation peut notamment s'appuyer sur :
- la nature de la route (autoroute ou route à chaussées séparées, au moins deux voies, vitesse autorisée d'au moins 70 km/h) ;
- l'existence d'une circulation en files ininterrompues sur toutes les voies au moment des faits ;
- la vitesse réellement constatée et la manière dont elle a été mesurée ;
- la précision du procès-verbal sur les conditions prétendument non respectées ;
- la qualification retenue sur l'avis de contravention, qui doit correspondre aux faits (non-respect des conditions de l'article R. 412-11-3, ou autre infraction comme celles des articles R. 412-24 ou R. 412-9).
Chaque dossier doit être examiné au regard des pièces : nous ne pouvons pas garantir l'issue d'une contestation.
FAQ
L'inter-files est-elle légale en 2026 ? Oui, sur tout le territoire depuis le 11 janvier 2025, mais uniquement dans les conditions de l'article R. 412-11-3 du Code de la route.
Puis-je remonter une file en ville à moto ? Non, sauf si la voie est une route à deux chaussées séparées par un terre-plein central, avec au moins deux voies par sens et une vitesse autorisée d'au moins 70 km/h. Une rue ou un boulevard classique n'entre pas dans ce cadre.
À quelle vitesse peut-on circuler entre les files ? 50 km/h au maximum, et 30 km/h si l'une des files est à l'arrêt.
Entre quelles voies doit-on se placer ? Uniquement entre les deux voies les plus à gauche de la chaussée.
Peut-on dépasser un autre motard en inter-files ? Non, le 6° de l'article R. 412-11-3 l'interdit.
Combien de points perd-on en cas d'inter-files irrégulière ? Si l'infraction relevée est le non-respect des conditions de l'article R. 412-11-3 : trois points, une amende forfaitaire de 135 € (contravention de 4e classe) et une suspension du permis de 3 ans au plus encourue. D'autres qualifications, aux sanctions différentes, peuvent être retenues selon les circonstances.
Mon assurance peut-elle réduire mon indemnisation après un accident en inter-files ? Si l'inter-files ne respectait pas les conditions légales, elle peut être retenue comme une faute de conduite réduisant votre droit à indemnisation, comme l'ont jugé les tribunaux judiciaires de Nanterre (accident de 2016, hors zone d'expérimentation) et de Bastia (dépassement interdit) : réduction de 50 % dans ces deux affaires.
Besoin d'un avocat pour une contravention ou un accident en inter-files ?
Le cabinet Dehan Schinazi, avocats au Barreau de Paris, intervient en droit routier (contestation de contraventions, défense des points du permis de conduire, suspensions) et en indemnisation du préjudice corporel des motards victimes d'accidents de la circulation. Nous analysons votre avis de contravention ou les circonstances de votre accident et vous indiquons les moyens de défense envisageables, avant tout paiement ou toute acceptation d'une offre d'indemnisation.
- Maître Yohan DehanAvocat au Barreau de Paris
- Maître Allan SchinaziAvocat au Barreau de Paris