Puis-je conduire avec deux bières ?

Puis-je conduire avec deux bières ?
Par Maître Yohan Dehan / Maître Allan Schinazi, avocats au Barreau de Paris. Mis à jour le 13 octobre 2026.
La loi ne fixe pas un nombre de verres, mais un taux d'alcool : 0,5 gramme par litre de sang (0,25 mg par litre d'air expiré) pour un conducteur confirmé, et 0,2 g/l (0,10 mg/l d'air) pour un jeune conducteur en permis probatoire. Après deux bières, personne ne peut savoir avec certitude de quel côté du seuil il se trouve : le taux dépend du volume, du degré, du poids, du repas et du temps écoulé. En permis probatoire, une seule bière peut suffire à exposer à une contravention et au retrait de 6 points.
Points clés
- Conducteur confirmé : contravention dès 0,5 g/l de sang ou 0,25 mg/l d'air expiré (article R234-1 du Code de la route).
- Permis probatoire, apprenti conducteur, transport en commun, conducteur soumis à un éthylotest antidémarrage : contravention dès 0,2 g/l de sang ou 0,10 mg/l d'air.
- Contravention : amende forfaitaire de 135 €, jusqu'à 750 € devant le juge, retrait de 6 points, suspension du permis jusqu'à 3 ans.
- Délit dès 0,8 g/l de sang ou 0,4 mg/l d'air : depuis le 20 août 2026, jusqu'à 3 ans d'emprisonnement et 9 000 € d'amende, retrait de 6 points, suspension ou annulation du permis jusqu'à 5 ans.
- Refuser le contrôle est un délit puni des mêmes peines principales (3 ans et 9 000 €).
- Aucun « truc » (café, huile, eau) ne fait baisser l'alcoolémie : seul le temps l'élimine.
Que dit la loi sur l'alcool au volant ?
Le Code de la route ne raisonne pas en nombre de verres. Il sanctionne la conduite « sous l'empire d'un état alcoolique », c'est-à-dire avec un taux d'alcool égal ou supérieur à un seuil, même en l'absence de tout signe d'ivresse manifeste. Autrement dit, vous pouvez vous sentir parfaitement lucide et être en infraction.
Deux niveaux existent :
- la contravention de 4e classe prévue par l'article R234-1 du Code de la route, pour les taux situés entre le seuil réglementaire et 0,8 g/l ;
- le délit prévu par l'article L234-1 du Code de la route, à partir de 0,8 g/l de sang ou 0,4 mg/l d'air expiré.
Pour une vue d'ensemble, consultez notre article sur la réglementation de l'alcool au volant en France.
Quel est le taux d'alcool autorisé ?
| Conducteur | Seuil dans le sang | Seuil dans l'air expiré |
|---|---|---|
| Conducteur dont le permis n'est plus en période probatoire (hors cas particuliers) | 0,5 g/l | 0,25 mg/l |
| Permis probatoire, apprenti conducteur, conducteur de transport en commun, conducteur soumis à un éthylotest antidémarrage | 0,2 g/l | 0,10 mg/l |
| Tous conducteurs : seuil du délit | 0,8 g/l | 0,4 mg/l |
Ces règles s'appliquent aussi à l'accompagnateur d'un élève conducteur (article R234-1, V, et article L234-1, V).
Le cas du jeune conducteur
Le permis probatoire dure en principe trois ans à compter de son obtention, et deux ans après un apprentissage anticipé de la conduite (articles L223-1 et R223-1 du Code de la route). Pendant cette période, le seuil de 0,2 g/l s'applique. En pratique, ce seuil interdit de boire avant de conduire : une seule bière peut suffire à le dépasser.
Le jeune conducteur dispose en outre d'un capital de 6 points seulement au départ (article R223-1). Un retrait de 6 points pour alcool au volant entraîne donc, en l'absence de points supplémentaires acquis, la perte de validité du permis, puisque le permis perd sa validité lorsque le nombre de points est nul (article L223-1). Voir notre article sur l'invalidation du permis de conduire.
Le conducteur confirmé
Pour le conducteur dont le permis n'est plus probatoire, le seuil est de 0,5 g/l de sang ou 0,25 mg/l d'air expiré. Il est faux de dire qu'« un verre est toléré » : la loi ne fixe aucune tolérance en nombre de verres, seulement un taux mesuré.
Deux bières, est-ce trop pour conduire ?
Combien d'alcool contient une bière ?
Une bière de 25 cl à 5 % contient 12,5 ml d'alcool pur, soit environ 10 grammes. Deux bières de 25 cl représentent donc environ 20 grammes d'alcool pur. Mais les volumes servis sont souvent plus importants (33 cl, 50 cl) et de nombreuses bières dépassent 5 %, parfois largement : une « pinte » de bière forte contient bien plus d'alcool qu'un demi.
Pourquoi personne ne peut garantir son taux ?
Le taux d'alcool atteint après deux bières varie fortement d'une personne à l'autre et d'une situation à l'autre : poids, sexe, consommation à jeun ou au cours d'un repas, rythme de consommation, fatigue, prise de médicaments. Aucune règle simple ne permet de transformer un nombre de verres en taux d'alcoolémie de façon fiable.
Retenez trois choses :
- en permis probatoire, deux bières vous placent très probablement au-dessus de 0,2 g/l : ne conduisez pas ;
- en permis confirmé, deux bières peuvent suffire à atteindre ou dépasser 0,5 g/l, notamment à jeun, avec des contenants de 50 cl ou des bières fortes ;
- l'alcool ne s'élimine qu'avec le temps. Café salé, cuillère d'huile, douche froide ou grand verre d'eau ne font pas baisser l'alcoolémie.
Le plus sûr reste de ne pas prendre le volant après avoir bu, ou d'utiliser un éthylotest avant de partir, en gardant à l'esprit que le taux peut encore monter dans l'heure qui suit la consommation.
Quand peut-on être contrôlé ?
Le Code de la route distingue trois situations.
Les contrôles obligatoires
Les officiers ou agents de police judiciaire doivent soumettre à des vérifications de l'état alcoolique (article L234-3 du Code de la route) :
- l'auteur présumé d'une infraction punie de la peine complémentaire de suspension du permis de conduire ;
- le conducteur (ou l'accompagnateur d'un élève conducteur) impliqué dans un accident de la circulation ayant occasionné un dommage corporel.
Les contrôles facultatifs
Ils peuvent soumettre aux mêmes épreuves tout conducteur (ou tout accompagnateur d'un élève conducteur) impliqué dans un accident quelconque de la circulation, par exemple un accident purement matériel, ou auteur présumé d'une autre infraction au Code de la route (article L234-3, second alinéa).
Les contrôles préventifs
Même sans infraction ni accident, les officiers ou agents de police judiciaire peuvent, sur instruction du procureur de la République ou de leur propre initiative, contrôler tout conducteur (article L234-9). C'est le cas des contrôles routiers aléatoires.
Dépistage, puis vérification
Le dépistage (éthylotest) n'est qu'une première étape. Le taux retenu contre vous résulte d'une vérification par éthylomètre homologué, ou par analyse de sang. Lorsque la mesure est faite à l'éthylomètre, le résultat doit vous être notifié immédiatement et vous devez être avisé que vous pouvez demander un second contrôle (article R234-4 du Code de la route). Le respect de ces formalités est un point que l'avocat vérifie systématiquement dans le procès-verbal.
Quelles sanctions pour un taux entre 0,5 et 0,8 g/l (ou entre 0,2 et 0,8 g/l en probatoire) ?
Il s'agit d'une contravention de 4e classe (article R234-1 du Code de la route).
| Sanction | Ce que prévoient les textes |
|---|---|
| Amende forfaitaire (cette contravention du Code de la route relève de la procédure de l'amende forfaitaire, article R48-1 du Code de procédure pénale) | 135 € (article R49 du Code de procédure pénale), majorée à 375 € à défaut de paiement ou de contestation dans le délai (article R49-7) |
| Amende prononcée par le juge | 750 € au plus (article 131-13 du Code pénal) |
| Points | Retrait de plein droit de 6 points |
| Immobilisation du véhicule | Possible (article R234-1, II) |
| Peines complémentaires | Suspension du permis jusqu'à 3 ans, pouvant être limitée à la conduite en dehors de l'activité professionnelle ; interdiction jusqu'à 3 ans de conduire un véhicule non équipé d'un éthylotest antidémarrage |
Contrairement à ce que l'on lit parfois, la contravention n'entraîne ni privation des droits civiques ni peine de prison.
Quelles sanctions à partir de 0,8 g/l ?
À partir de 0,8 g/l de sang ou 0,4 mg/l d'air expiré, il s'agit d'un délit (article L234-1 du Code de la route). Dans sa rédaction en vigueur depuis le 20 août 2026, ce texte prévoit les peines suivantes.
| Sanction | Ce que prévoient les textes |
|---|---|
| Peines principales | 3 ans d'emprisonnement et 9 000 € d'amende |
| Points | Retrait de plein droit de la moitié du nombre maximal de points, soit 6 points |
| Immobilisation du véhicule | Possible |
| Suspension du permis | Jusqu'à 5 ans, sans aménagement pour l'activité professionnelle et sans sursis possible (article L234-2) |
| Annulation du permis | Avec interdiction de solliciter un nouveau permis pendant 5 ans au plus |
| Autres peines complémentaires | Travail d'intérêt général, jours-amende, interdiction de conduire certains véhicules jusqu'à 5 ans, stage de sensibilisation à la sécurité routière à vos frais, interdiction jusqu'à 5 ans de conduire un véhicule non équipé d'un éthylotest antidémarrage, confiscation du véhicule dont vous êtes propriétaire |
Rétention et suspension administrative
Lorsque l'état alcoolique délictuel est présumé ou établi, les forces de l'ordre retiennent immédiatement le permis à titre conservatoire (article L224-1). Lorsque l'état alcoolique est ensuite établi à l'éthylomètre ou par analyse de sang, ou en cas de refus des vérifications, le préfet doit prononcer la suspension du permis dans un délai de 72 heures, porté à 120 heures lorsque des vérifications ont été effectuées (article L224-2). Cette suspension administrative peut atteindre un an en cas de conduite sous l'empire d'un état alcoolique. À défaut de décision dans le délai, le permis doit vous être restitué. Pour en savoir plus, consultez notre article sur la suspension du permis de conduire.
En cas de récidive
En cas de récidive légale d'un délit d'alcoolémie ou de refus de se soumettre aux vérifications (article 132-10 du Code pénal), la condamnation entraîne de plein droit l'annulation du permis, avec interdiction de conduire un véhicule non équipé d'un éthylotest antidémarrage pendant 3 ans au plus à compter de l'obtention d'un nouveau permis, sauf si ce nouveau permis est obtenu plus de trois ans après l'annulation ; à l'issue de cette période, un contrôle médical de l'aptitude à la conduite est imposé (article L234-13). La confiscation du véhicule dont vous êtes propriétaire devient en principe obligatoire, sauf décision spécialement motivée du tribunal (article L234-12). Voir aussi les cas d'annulation du permis de conduire.
Peut-on refuser de souffler ?
Non. Refuser de se soumettre aux vérifications de l'état alcoolique (éthylomètre, prise de sang), y compris lors d'un contrôle préventif, est un délit, puni de 3 ans d'emprisonnement et de 9 000 € d'amende (article L234-8 du Code de la route, dans sa rédaction issue de la loi du 18 août 2026). Il entraîne de plein droit le retrait de 6 points et expose à la suspension (jusqu'à 3 ans) ou à l'annulation du permis, ainsi qu'à la confiscation du véhicule. Le refus est puni des mêmes peines principales que le délit de conduite avec un taux égal ou supérieur à 0,8 g/l, même si votre taux réel était inférieur à ce seuil, voire nul. Refuser n'est donc jamais une stratégie de défense.
FAQ
Combien de bières peut-on boire avant de conduire ?
La loi ne fixe aucun nombre de verres. Elle fixe un taux : 0,5 g/l de sang pour un conducteur confirmé, 0,2 g/l en permis probatoire. Le nombre de bières correspondant varie selon la personne et les circonstances. En permis probatoire, la seule réponse prudente est zéro.
Une bière, c'est autorisé pour un jeune conducteur ?
Le seuil de 0,2 g/l est très bas. Une seule bière peut suffire à le dépasser, avec à la clé une contravention, une amende et le retrait de 6 points, qui peut faire perdre la validité d'un permis probatoire.
Combien de points perd-on pour alcool au volant ?
Six points, que l'infraction soit une contravention (article R234-1, IV) ou un délit (article L234-1, IV, qui prévoit la moitié du nombre maximal de 12 points).
Le policier peut-il garder mon permis après un contrôle positif ?
Oui en cas de délit (taux égal ou supérieur à 0,8 g/l ou 0,4 mg/l) ou de refus de se soumettre au contrôle : le permis est retenu, puis, dès lors que l'état alcoolique est établi ou que le conducteur a refusé les vérifications, le préfet doit prononcer la suspension dans un délai de 72 heures, porté à 120 heures lorsque des vérifications ont été effectuées (article L224-2) ; à défaut, le permis est restitué.
Peut-on contester une infraction d'alcool au volant ?
Oui. Les conditions du contrôle, l'homologation et la vérification de l'éthylomètre, la notification du résultat et du droit à un second contrôle, ou encore le respect des délais de la suspension administrative peuvent être discutés. Chaque dossier doit être examiné à partir du procès-verbal.
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- Maître Yohan DehanAvocat au Barreau de Paris
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