Que risque-t-on si on conduit avec un permis suspendu sans le savoir ?

Que risque-t-on si on conduit avec un permis suspendu sans le savoir ?
Rédigé parDécouvrir le cabinet Dehan & Schinazi

Réponses aux questions fréquentes

Peut-on être condamné pour conduite malgré suspension si on n'a jamais reçu la décision ?

Le délit de l'article L. 224-16 du Code de la route suppose que la décision de suspension ait été notifiée au conducteur. Sans notification, l'infraction n'est pas constituée. Mais attention : pour une suspension préfectorale envoyée en recommandé, la Cour de cassation considère que la notification est réalisée dès que la lettre a été présentée à votre domicile, même si vous ne l'avez pas retirée (Cass. crim., 4 juin 2013, n° 12-86.877). L'argument utile n'est donc pas « je n'ai pas ouvert le courrier », mais « le courrier n'a jamais été présenté à mon adresse » ou « aucune notification n'est établie ».

Quelle est la différence entre une suspension administrative et une suspension judiciaire ?

La suspension administrative est prise par le préfet, le plus souvent après une rétention du permis lors d'un contrôle (alcool, stupéfiants, excès de vitesse de 40 km/h ou plus, etc.) ou au vu d'un procès-verbal. Elle est contestée devant le tribunal administratif. La suspension judiciaire est une peine prononcée par un tribunal ; elle se conteste par les voies de recours pénales (opposition, appel). Dans les deux cas, le délit de conduite malgré suspension suppose une notification de la décision.

Mon permis a été invalidé pour solde de points nul sans que je le sache. Est-ce la même chose ?

Le mécanisme est proche mais le texte est différent. L'invalidation est notifiée par le ministère de l'Intérieur par lettre recommandée avec demande d'avis de réception (lettre dite « 48SI »), qui enjoint de restituer le permis dans les dix jours francs de sa réception (article R. 223-3 du Code de la route). Conduire malgré cette injonction est puni de deux ans d'emprisonnement et de 4 500 euros d'amende (article L. 223-5, III et V, du Code de la route), avec des peines complémentaires propres à ce texte. Si l'invalidation est ensuite annulée par le juge administratif, la poursuite pénale perd sa base légale (Cass. crim., 12 mars 2008, n° 07-84.104). Il faut agir tôt : dans cette affaire, l'annulation était intervenue avant que la condamnation soit devenue définitive.

Faut-il contester la suspension devant le tribunal administratif avant l'audience pénale ?

C'est souvent utile. Le recours pour excès de pouvoir doit être formé dans les deux mois de la notification de la décision (article R. 421-1 du Code de justice administrative), et un référé-suspension peut être demandé en cas d'urgence (article L. 521-1 du même code). Si la décision est annulée, elle est réputée n'avoir jamais existé et la poursuite pour conduite malgré cette décision est privée de base légale ; d'où l'intérêt d'obtenir cette annulation avant que la condamnation soit devenue définitive. En outre, le juge pénal peut lui-même apprécier la légalité de l'acte lorsque la solution du procès en dépend.

Que se passe-t-il si l'on provoque un accident en conduisant avec un permis suspendu ?

La situation change d'échelle. Si l'accident cause la mort d'autrui, le fait que le permis était suspendu, annulé, invalidé ou retenu est l'une des circonstances qui caractérisent l'homicide routier, puni de sept ans d'emprisonnement et de 100 000 euros d'amende, et de dix ans et 150 000 euros en présence d'au moins deux de ces circonstances (article 221-18 du Code pénal). Des conséquences d'assurance sont également à prévoir selon votre contrat. L'assistance d'un avocat dès la garde à vue est vivement recommandée.