Stupéfiants au volant : combien de temps suis-je positif ?

Stupéfiants au volant : combien de temps suis-je positif ?
Par Maître Yohan Dehan / Maître Allan Schinazi, avocats au Barreau de Paris. Mis à jour le 13 octobre 2026.
Il n'existe aucune durée garantie : selon le produit, la fréquence de consommation et la personne, une drogue reste détectable dans la salive de quelques heures à plusieurs jours, et bien plus longtemps dans les urines. Or la loi ne sanctionne pas la conduite « sous l'influence », mais la conduite après usage : il suffit qu'une analyse salivaire ou sanguine révèle une substance classée comme stupéfiant, sans seuil minimal, même si vous ne ressentez plus aucun effet.
Points clés
- L'article L. 235-1 du Code de la route punit de 3 ans d'emprisonnement et 9 000 € d'amende le fait de conduire alors qu'une analyse sanguine ou salivaire établit un usage de stupéfiants.
- Aucun seuil : la Cour de cassation juge que l'infraction est constituée « peu important la dose absorbée », y compris pour du THC issu de produits au CBD.
- Les durées de détection publiées par Drogues Info Service ne sont que des repères moyens ; elles varient fortement d'une personne à l'autre.
- Le délit entraîne de plein droit le retrait de la moitié des points (6 points sur un permis à 12 points), et des trois quarts en cas d'alcool associé.
- Lors du prélèvement salivaire de vérification, l'agent doit vous demander si vous souhaitez vous réserver la possibilité d'une contre-expertise : si vous répondez oui, une prise de sang est alors réalisée.
Combien de temps une drogue reste-t-elle détectable ?
Le site Drogues Info Service publie un tableau des durées de positivité (version de février 2019) qui présente des durées moyennes de détection. Ce document le précise lui-même : ces durées « ne sont que des indications », car « il n'existe aucun moyen de connaître précisément la durée de positivité d'une drogue ». L'usage régulier y correspond à une consommation plusieurs jours par semaine.
| Produit | Salive | Sang | Urine |
|---|---|---|---|
| Cannabis (THC) | Usage occasionnel : 6 à 8 heures ; usage intensif et quotidien : jusqu'à 24 heures, voire jusqu'à 8 jours | THC : 2 à 8 heures ; usage intensif et quotidien : jusqu'à 1 mois après l'arrêt ; métabolite THC-COOH : jusqu'à 72 heures | Usage occasionnel : 3 à 5 jours ; usage régulier : 30 à 70 jours |
| Cocaïne et crack | Jusqu'à 24 heures | Quelques heures (moins de 24 heures) | Usage occasionnel : 2 à 4 jours ; usage intensif et quotidien pendant plusieurs mois : 10 à 14 jours |
| Amphétamine et méthamphétamine | Jusqu'à 50 heures | 2 à 4 jours | Amphétamine : jusqu'à 4 jours ; méthamphétamine : plus de 7 jours |
| Ecstasy (MDMA) | Jusqu'à 12 heures | Jusqu'à 8 heures | Jusqu'à 72 heures |
| Héroïne | 12 à 24 heures | Jusqu'à 24 heures | 48 à 72 heures |
| LSD | Non renseigné | Quelques heures | 1 à 2 jours |
| GHB / GBL | Non renseigné | Quelques heures | Quelques heures (moins de 12 heures) |
Le même tableau indique aussi des durées pour des médicaments de substitution ou opiacés (buprénorphine, méthadone, codéine), qui peuvent poser des questions spécifiques lorsqu'ils sont pris sur prescription.
Retenez surtout trois choses :
- la fin des effets ne signifie pas la fin de la positivité : un consommateur régulier de cannabis peut rester détectable bien après avoir retrouvé ses réflexes ;
- le contrôle routier repose sur la salive et le sang, pas sur l'urine : ce sont ces deux colonnes qui comptent pour un conducteur ;
- aucune méthode ne permet de « calculer » le moment où l'on redevient négatif. La seule précaution sûre est de ne pas conduire après avoir consommé.
Pourquoi peut-on être condamné sans être « sous l'emprise » ?
L'article L. 235-1 du Code de la route vise toute personne qui conduit un véhicule (ou accompagne un élève conducteur) « alors qu'il résulte d'une analyse sanguine ou salivaire qu'elle a fait usage de substances ou plantes classées comme stupéfiants ». Le texte ne fixe aucun taux et n'exige pas de démontrer une altération de la conduite.
La Cour de cassation l'affirme de façon constante :
- dès 2008, elle juge que ce texte « incrimine le seul fait de conduire un véhicule après avoir fait usage de stupéfiants dès lors que cet usage résulte d'une analyse sanguine », malgré l'intitulé du chapitre qui parlait alors de conduite « sous l'influence » (Cass. crim., 12 mars 2008, n° 07-83.476) ;
- en 2014, elle précise que le seuil fixé par l'arrêté de dépistage est « un seuil de détection et non un seuil d'incrimination » : un taux inférieur à ce seuil n'empêche donc pas la condamnation (Cass. crim., 14 octobre 2014, n° 13-81.390) ;
- en 2023, elle censure une relaxe prononcée au profit d'un conducteur qui affirmait n'avoir consommé que du CBD : l'infraction est constituée « s'il est établi que le prévenu a conduit un véhicule après avoir fait usage d'une substance classée comme stupéfiant, peu important la dose absorbée » (Cass. crim., 21 juin 2023, n° 22-85.530, publié au Bulletin).
Conséquence pratique : invoquer le fait que la consommation date de la veille, ou que l'on ne ressentait plus rien, ne constitue pas en soi un moyen de défense. La défense se concentre plutôt sur la régularité du contrôle, des prélèvements et des analyses.
Comment se déroule le contrôle ?
L'article L. 235-2 du Code de la route organise deux étapes :
- Le dépistage (en principe un test salivaire), obligatoire en cas d'accident mortel ou corporel, possible en cas d'accident matériel, d'infraction au Code de la route ou de raisons plausibles de soupçonner un usage, et possible même sans aucun de ces motifs, sur réquisitions du procureur de la République ou à l'initiative des officiers ou agents de police judiciaire.
- La vérification, si le dépistage est positif ou si le conducteur refuse ou ne peut le subir : analyses ou examens médicaux, cliniques et biologiques, par prélèvement salivaire ou sanguin.
Selon l'article R. 235-6, après le prélèvement salivaire, l'agent doit vous demander si vous souhaitez vous réserver la possibilité d'une contre-expertise ou de la recherche de médicaments psychoactifs. Si vous répondez oui, une prise de sang est réalisée dans le plus court délai possible. L'article R. 235-11 vous laisse ensuite cinq jours à compter de la notification des résultats pour demander cet examen technique ou cette expertise au procureur de la République, au juge d'instruction ou à la juridiction de jugement. Il est donc important de répondre « oui » le jour du contrôle.
Refuser les vérifications constitue un délit autonome, puni lui aussi de 3 ans d'emprisonnement et de 9 000 € d'amende, avec retrait de la moitié des points (article L. 235-3 du Code de la route).
Que risque-t-on sur le permis dès le contrôle ?
Sans attendre le jugement :
- la rétention du permis est obligatoire si le dépistage est positif, et également lorsqu'il existe des raisons plausibles de soupçonner un usage ou en cas de refus des vérifications (article L. 224-1, I, 3° et 4°) ;
- la suspension administrative : le préfet doit prononcer la suspension lorsque les analyses établissent l'usage ou en cas de refus, dans un délai de cent vingt heures à compter de la rétention lorsque des vérifications ont été effectuées (article L. 224-2, I A). Cette suspension peut atteindre un an pour la conduite après usage de stupéfiants (article L. 224-2, II).
Le véhicule peut en outre être immobilisé (article L. 235-1, III).
Quelles sanctions pénales encourt-on ?
| Situation | Peines principales | Points |
|---|---|---|
| Conduite après usage de stupéfiants (L. 235-1, I) | 3 ans d'emprisonnement et 9 000 € d'amende | Retrait de la moitié du nombre maximal de points |
| Stupéfiants et état alcoolique au-delà des taux légaux (L. 235-1, I) | 5 ans d'emprisonnement et 15 000 € d'amende ; confiscation du véhicule obligatoire s'il appartient au conducteur, sauf décision spécialement motivée | Retrait des trois quarts du nombre maximal de points |
| Refus de se soumettre aux vérifications (L. 235-3) | 3 ans d'emprisonnement et 9 000 € d'amende | Retrait de la moitié du nombre maximal de points |
Les peines complémentaires prévues par l'article L. 235-1, II comprennent notamment :
- la suspension du permis pour cinq ans au plus, sans sursis et sans possibilité de la limiter à la conduite hors activité professionnelle ;
- l'annulation du permis avec interdiction d'en solliciter un nouveau pendant cinq ans au plus ;
- l'interdiction de conduire certains véhicules, y compris sans permis, pour cinq ans au plus ;
- le travail d'intérêt général ou des jours-amende ;
- un stage de sensibilisation à la sécurité routière ou aux dangers de l'usage de produits stupéfiants, à vos frais ;
- la confiscation du véhicule dont vous êtes propriétaire.
Et en cas d'accident ?
Depuis le 11 juillet 2025, le Code pénal comporte un chapitre consacré aux homicides et blessures routiers. Le fait qu'une analyse sanguine ou salivaire établisse un usage de stupéfiants (ou un refus des vérifications) fait partie des circonstances qui caractérisent ces infractions du Code pénal :
| Conséquence de l'accident | Avec une circonstance (dont les stupéfiants) | Avec deux circonstances ou plus (par exemple stupéfiants et alcool) |
|---|---|---|
| Décès (homicide routier, art. 221-18) | 7 ans d'emprisonnement et 100 000 € d'amende | 10 ans d'emprisonnement et 150 000 € d'amende |
| Blessures avec ITT de plus de trois mois (art. 221-19) | 5 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende | 7 ans d'emprisonnement et 100 000 € d'amende |
| Blessures avec ITT de trois mois ou moins (art. 221-20) | 3 ans d'emprisonnement et 45 000 € d'amende | 5 ans d'emprisonnement et 75 000 € d'amende |
Après un accident corporel ou mortel, le dépistage des stupéfiants est systématique (article L. 235-2, alinéa 1er).
FAQ
Si je ne ressens plus aucun effet, puis-je conduire ?
Pas sans risque. La loi ne tient pas compte des effets ressentis : seule compte la présence d'une substance classée comme stupéfiant dans l'analyse salivaire ou sanguine, sans seuil minimal.
Un test urinaire peut-il fonder une condamnation ?
L'article L. 235-1 vise une analyse « sanguine ou salivaire ». Les durées de détection urinaires, beaucoup plus longues, intéressent surtout le suivi médical ou professionnel, pas le contrôle routier.
Le CBD peut-il rendre positif ?
Oui, si le produit contient du THC et qu'il est détecté. La Cour de cassation a jugé en 2023 que la commercialisation autorisée de certains dérivés du cannabis est sans incidence sur l'infraction, « peu important la dose absorbée ».
Combien de points vais-je perdre ?
La moitié du nombre maximal de points, soit 6 points sur un permis à 12 points ; les trois quarts si l'état alcoolique est également caractérisé.
Ai-je le droit de contester le résultat ?
Oui. Si la vérification a été faite par prélèvement salivaire, vous devez avoir demandé sur place à vous réserver la possibilité d'une contre-expertise (une prise de sang est alors réalisée). En cas de prélèvement sanguin, cette réserve n'est pas exigée. Dans les deux cas, l'examen technique ou l'expertise se demande dans les cinq jours suivant la notification des résultats (articles R. 235-6 et R. 235-11). La régularité du contrôle et des analyses peut aussi être discutée devant le tribunal.
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- Maître Yohan DehanAvocat au Barreau de Paris
- Maître Allan SchinaziAvocat au Barreau de Paris